Après avoir travaillé à l'opéra Garnier, Isidore Odorico père (1845 - 1912) s'installe à Rennes en 1882. De récentes innovations dans la technique de pose des
mosaïques permettent d'abaisser considérablement le coût et offrent à la première génération l'opportunité de s'implanter grâce à un remarquable savoir-faire.
Avec Isidore Odorico fils (1893 – 1945), formé aux Beaux-Arts, nourri d'influences artistiques, la seconde génération est celle de la créativité où les flamboyances de l'Art Déco, les textures, les couleurs sont exploitées avec brio.
Pour ses qualités, non seulement esthétiques, mais aussi de solidité, de facilité d'entretien et d'hygiène, les bâtiments publics, les magasins et aussi les propriétaires de riches demeures balnéaires adoptent les mosaïques.
La poste
Longtemps les mosaïques de la poste de Perros ont intrigué les historiens locaux. Leur beauté, des joints à peine visibles, les murs ponctués de smaltes (poudre d'or enchâssée dans de la pâte de verre) comme autant « d'accroche-lumière » signet la magie d'Odorico.
Si les témoignages oraux confirment cette hypothèse, hélas, aucune archive n'a pu être exploitée : rien au service des bâtiments de la poste ! Et pour cause, cet immeuble, construit par un particulier, M. Paternotte, afin d'y établir un hôtel, ne fut pas réalisé par l'architecte des postes en Bretagne (entre 1923 et 1955 : Pierre-Jack Laloy). Désormais, l'exposition des champs libres confirme leur attribution.
« Il y a eu plusieurs projets de transformation. La fin des années 70, le début des années 80 ont été particulièrement délicates. Mais à chaque fois, Marie Guyomar
mettait l'accent sur... le cachet de la poste ; c'est elle qui nous a fait prendre conscience : non, non, les mosaïques ne doivent pas disparaître, les estivants qui reviennent à Perros se souviennent de leur passage chez nous ! », témoigne Marie-Françoise Le Martret, employée pendant trente ans. Aujourd'hui, même si elles ont subi quelques outrages, le principal est sauvegardé, puisque la municipalité en conseil municipal du 27 novembre 2006, vote l'achat de la totalité des bâtiments.
La mairie (1934)
Lors d'un conseil municipal, le maire, Hippolyte Le Toiser annonce : « Pour les travaux de granito et de mosaïques à la nouvelle mairie, il s'est adressé à un spécialiste, M. Odorico, mosaïste, 7 rue Saint-Sauveur à Rennes. » Si aujourd'hui nous gravissons toujours les marches de granito, nous chercherions en vain « le vestibule en mosaïques de grès cérame » et les « plinthes en mosaïques » projetés...
Mais la période était peu propice aux dépenses : « la crise actuelle pouvant encore durer et la situation financière de la commune exigeant de la prudence au point de vue administratif. » (Conseil municipale du 23octobre 1932).
En fait, Perros subissait « une double peine » ! Les retombées tardives (1931 du krach de 1929 aggravées par l'interdiction d'exporter des pommes de terre nouvelles en Angleterre pour cause de doryphores).
La teinturerie
Aujourd'hui magasin de mode, aux dires d'un connaisseur elle porte aussi la griffe Odorico avec ses déclinaisons de bleus, ses frises et ses smaltes d'or. Et puis, il est fort possible que des propriétés privées recèlent elles aussi de belles mosaïques.
À consulter
L'exposition Odorico (musée de Bretagne)
Odorico mosaïstes (musée de Bretagne)
Odorico sur Wikipédia